« Comment raisonner faux », par Yvan Mayeur

Voici ce que Yvan Mayeur déclarait en juin 2015 : « Il faut changer de paradigme en ville. C’est un projet de société qu’on propose avec ce piétonnier. Tous ceux qui ont dit qu’ils voulaient le faire et ne l’ont pas fait, ont raisonné en termes de mobilité. Moi j’ai renversé la logique : faire d’abord la ville que nous voulons et adapter l’outil – la mobilité – après. Le projet de ville est plus important que l’automobile, les habitants passent avant la congestion. Cela fait 20 ans qu’on parle du RER, des communes se sont battues pour ne pas avoir le métro ! On a dit non ‘ça suffit’, on doit être capables de montrer qu’on peut fonctionner autrement. Au fur et à mesure on trouvera des solutions aux problèmes qui vont se poser. »

En résumé, Yvan Mayeur « fait » son piétonnier d’abord et se soucie de la « mobilité » après… c’est bien ce que nous avions compris !

Le problème, c’est qu’il faut des voitures pour amener les clients sur place.

Or, non seulement les voitures ne peuvent plus atteindre le centre de Bruxelles, mais Yvan Mayeur nous a bien fait comprendre qu’elles étaient de toute manière indésirables.

Une propagande éhontée
Une propagande éhontée…

Voilà pourquoi, à la surprise générale, il n’y a pas eu de véritable chaos à la rentrée de septembre 2015 : les automobilistes ont effectivement modifié leurs habitudes, ils ne viennent plus !

Il eût été infiniment préférable pour le sort du centre de Bruxelles que des embouteillages se soient formés, car ceux-ci auraient au moins témoigné d’un désir de pénétrer dans le Pentagone.

Mais si les automobilistes étaient venus, où se seraient-ils garés ?

Comment accède-t-on au parking Ecuyer (qui — soit dit en passant — a perdu 50% de ses clients) ?

Seuls des gens connaissant extrêmement bien Bruxelles pourraient répondre à cette question.

Quant aux transports en commun, ils s’arrêtent beaucoup trop loin du piétonnier de Yvan Mayeur.

Les personnes âgées ou à mobilité réduite et plus généralement tous ceux qui ont un « shopping center » à proximité de leur lieu de travail ou de leur domicile ne vont évidemment pas se fatiguer à se rendre en train ou en bus à la Gare Centrale pour ensuite marcher un demi-kilomètre avec retour en pente…

Et encore ! Tout cela ne tient pas compte les importants travaux qui doivent avoir lieu en 2016-18 et qui vont cette fois complètement bloquer et défigurer — inutilement — le centre-ville de Bruxelles.

Conclusion : les clients aisés ne viennent plus et le piétonnier est — contrairement à ce que Yvan Mayeur avait prévu — envahi par la foule des miséreux et autres marginaux de la zone du canal, trop heureux de disposer gratuitement d’un tel espace de récréation.

Cette photo, prise au téléobjectif, montre une bande urbaine occupant le centre du piétonnier
Cette photo, prise au téléobjectif, montre une bande urbaine occupant le centre du piétonnier

Cette foule désœuvrée donne l’illusion de la réussite, mais elle est en réalité l’un des germes de la destruction du centre-ville (l’autre étant l’impossibilité d’y accéder).

En effet, cette fréquentation douteuse cause de nombreuses nuisances (bruit, saleté, drogue, criminalité, etc), si bien que les clients aisés sont encore davantage dissuadés de se rendre dans le centre de Bruxelles.

Les habitants aisés, quant à eux, commencent à plier bagages.

Ensuite, évidemment, les commerces délocalisent (s’ils le peuvent) ou périclitent ou les uns après les autres, sauf les kebab et les night shops.

Voilà pourquoi le Brico et le Delhaize ne renouvelleront pas leur bail… il est aussi question du départ de l’hôtel Marriott.

Quant aux Galeries Lafayette et autres enseignes de prestige, il ne faut même pas imaginer qu’elles vont s’implanter dans un tel endroit.

L’hôtel Métropole est certes l’une des premières grandes victimes médiatisées du piétonnier, mais le grand casino VIAGE et nombre de petits commerces doivent certainement beaucoup souffrir depuis l’instauration du piétonnier.

L'hôtel Métropole, désespérément vide
… et son résultat : l’hôtel Métropole désespérément vide

Il s’agit véritablement d’un cercle vicieux, d’un engrenage que la Ville ne parvient plus à enrayer.

Elle essaie, à coups d’équipes de nettoyage et de policiers, de « normaliser » le piétonnier, mais le mal est déjà fait !

Ultime étape de cette évolution désastreuse : la zone autour du piétonnier est transformée en logements.

Le piétonnier de Yvan Mayeur — à supposer qu’il existe encore à ce moment — fera sans doute penser à l’Alexanderplatz et à la Karl-Marx-Allee du Berlin de l’ex RDA…

L’explication de la prudence des prédécesseurs de Yvan Mayeur — et a contrario sa propre folie — sautent à présent aux yeux.