L’analyse de l’UPHTC sur la piétonnisation

Que l’on nous permette de citer l’analyse de l’UPHTC, étant entendu qu’elle porte sur les conditions de la réussite d’une piétonnisation :

Selon les préceptes économiques, une piétonnisation donne toujours lieu à un exode de certains commerces (principalement ceux relatifs à des produits encombrants tels que les meubles, l’électroménager lourd mais également les commerces de luxe) mais également à l’arrivée de nouveaux commerces (dont l’Horeca, les services).

Les conditions de réussite

La théorie économique, confirmée par de nombreux exemples, nous apprend qu’il existe trois stratégies possibles pour réussir la piétonnisation d’une artère commerçante :

1. soit, la présence de plusieurs enseignes locomotives qui boostent les autres commerces, à l’instar de l’exemple de la rue Neuve,

2. soit, un espace à vocation fondamentalement touristique, à l’instar de l’exemple de la Grand-Place,

3. soit, un environnement urbanistique de grande qualité (façades, vitrines, espaces publics, patrimoine immobilier d’exception) avec la présence d’activités Horeca, d’activités culturelles, de loisirs et un mix commercial attractif.

Il faut reconnaître que les boulevards centraux ne répondent pas aux conditions des deux premières solutions.

En ce qui concerne la troisième option, indéniablement, le quartier possède certains des atouts pointés par la théorie économique, notamment la présence d’activités Horeca, culturelles, de loisirs, mais également d’une dizaine de bâtiments historiques qui, valorisés, pourraient fortement améliorer l’attractivité du quartier auprès des chalands et des touristes.

Par ailleurs, les boulevards sont également dotés d’un réseau étoffé de transports en commun (trams, métro, bus), de parkings publics et bénéficient de la proximité de deux importantes gares.

Les Champs-Elysées de Bruxelles ?

La place de Brouckère et les boulevards centraux et leurs rues adjacentes disposent du potentiel théorique pour devenir les Champs-Elysées de Bruxelles.

Lieu de passage incontournable du centre-ville, ils sont le lien naturel pour le développement de l’activité commerciale bruxelloise en réalisant la liaison entre d’une part, l’une des premières artères commerciales de Belgique (la rue Neuve et ses rues adjacentes dont la Grand Place) et d’autre part, les quartiers branchés tout proches (Dansaert, Flandre, St Géry, Ste Catherine).

Cependant, au cours des trente dernières années, la qualité des commerces s’est fort détériorée et l’hyper-centre n’a pas pu, à ce jour, retrouver le niveau d’attractivité d’antan.

L’implantation de certains nouveaux commerces, tels que les Nouvelles Galeries Anspach, n’a pas été suffisante pour redresser la situation.

Une politique globale renforçant l’image de l’offre commerciale mais également la valorisation du bâti et de l’environnement (ravalement régulier des façades des immeubles, espaces publics de qualité, modernisation des vitrines et des publicités et enseignes commerciales, plan lumière pour les bâtiments à valeur architecturale appartenant aux pouvoirs publics, une propreté sans failles et une sécurité adéquate) s’imposent si on entend donner au quartier l’image de modernité et de convivialité recherchée par les chalands et les touristes.

On notera qu’assez paradoxalement, l’UPHTC compare les boulevards centraux piétonnisés (le « piétonnier géant ») de Bruxelles avec une voirie qui n’est aucunement piétonne, mais qu’elle prend cependant pour modèle, à savoir les Champs-Elysées de Paris !

Or, il est difficile d’imaginer ceux-ci dépourvus de leur circulation automobile : au contraire, on peut dire que c’est la juxtaposition — et même la coexistence harmonieuse — de très larges trottoirs et de nombreuses bandes de circulation qui anime et fait le charme des Champs-Elysées.

Une autre contradiction consiste à vouloir établir les « Champs-Elysées de Bruxelles » tout en recréant une manière de Times Square new-yorkais (avec écran lumineux géant) place de Brouckère.

Un tel mélange — les Champs-Elysées débouchant sur Times Square — ne se retrouve qu’à Las Vegas ou Disneyland, ce qui montre bien le caractère grotesque du projet s’agissant d’une capitale européenne.

Ce manque total de vision globale dans un projet urbanistique, donnant lieu à un affreux patchwork de styles et de tailles d’immeubles, a déjà suffisamment défiguré la capitale de l’Europe.

Il porte un nom : « bruxellisation ».

L’incompétent Yvan Mayeur est bien parti pour réaliser une nouvelle « bruxellisation » — nettement plus grotesque que la précédente — du centre-ville de Bruxelles en agglomérant sans aucune conception d’ensemble :

  • la grande grande (sic) roue de Paris (boulevard du Midi)
  • l’écran lumineux géant façon Times Square de New York (place de Brouckère)
  • les Champs-Elysées de Paris (boulevard Anspach)
  • quatre nouveaux parkings souterrains inaccessibles

Le tout adossé à des secteurs aussi contrastés qu’une Grand-Place gothique, un hinterland sud-ouest complètement défavorisé (la « zone du canal ») et la Marolle au sud-est, mais sans aucun accès sérieux pour les automobilistes !

Inutile de préciser qu’entre-temps, le « piétonnier géant » est devenu une gigantesque plaine de jeux pour marginaux mobilisant des centaines de policiers…

Le centre-ville de "BXL" est-il "beau" ?
Le centre-ville de « BXL » est-il « beau » ? Il faudrait en tout cas commencer par raser le hideux édifice à plan en X hébergeant les services administratifs de la Ville de Bruxelles… ainsi que celui qui lui fait face (jadis baptisé « immeuble Philips »).
Il ne faudrait pas, non plus, perdre de vue que — contrairement aux "Champs" — le "piétonnier géant" de "BXL" est interrompu par les nombreuses voiries du "mini-ring" : le risque d'accident est énorme i
Il ne faudrait pas, non plus, perdre de vue que — contrairement aux « Champs » — le « piétonnier géant » de « BXL » est interrompu par les nombreuses voiries du « mini-ring » : le risque d’accident est énorme !  Quant à l’aspect esthétique…
"BXL" va-t-elle devenir un Las Vegas grotesque ?
« BXL » va-t-il devenir un Las Vegas grotesque, juxtaposant Paris et New York sur fond de Marolles, de Grand-Place gothique et de quai Sainte-Catherine ? Yvan Mayeur semble bien parti pour réaliser cette monstruosité urbanistique… d’autant que la grande roue de Paris arrive, elle aussi !

4 réflexions au sujet de « L’analyse de l’UPHTC sur la piétonnisation »

  1. Je n’avais pas lu l’entièreté du texte 😉
    Les Champs Elysée sont donc, effectivement, cité comme boulevard non piéton. Ce qui montre une fois de plus que Anspach n’est pas destiné à être piéton…

  2. Las Vegas, c’est déjà le cas depuis longtemps vu la présence et le nombre de casinos (créateurs d’emploi, dit-on en plus) et depuis plusieurs années…

  3. Votre site est précieux pour les informations non-partisanes qu’il fournit. C’est en effet la vie même et la viabilité du coeur de l’Europe qui se détruit.
    Le temps presse car l’ANNONCE D’ENQUÊTE PUBLIQUE se termine le 2 octobre. Si nous ne réagissons pas avant, le Plan de réaménagement des places et boulevards du centre sera-t-il considéré comme adopté par les commerçants et les usagers du quartier?

    OUVREZ, SVP, UNE PÉTITION!!
    1) pour le report de la décision (les Rapports d’incidences ont été remis le 15 juin 2015 – il ne contient évidemment rien sur la paupérisation et la désertification du centre depuis le 29 juin.
    2) pour une enquête auprès de TOUS les commerçants du quartier.
    3) pour des consultations publiques avant toute décision, pourquoi sur la place de la Bourse, ou sur la grand-place, avec le conseil communal, Beliris, les bureaux d’étude, et avec des chiffres et leur répartition (les documents officiels ne donnent aucune indication des coûts).
    … et toute autre revendication légitime et nécessaire.

    Où est l’urgence?
    La phase test est de 8 mois – jusque fin février. Il faut prendre le temps de bien faire les choses.

    MAIS NOUS,
    Il nous faut agir avant le vendredi 2 octobre.

    Seuls, nous sommes impuissants. Toutes les initiatives sont bonnes (lapetition.be, Facebook, UBU-PAN etc). Unissons-les, multiplions-les – sur votre site, puisqu’il a le mérite d’exister, d’être objectif et, sans nul doute, d’être lu par les autorités communales.
    Et qui nous empêche d’écrire AUSSI au bourgmestre:
    cabinet.bgm.mayeur@brucity.be ?
     
    Ex unitate vires – Eendracht maakt macht – L’union fait la force – Einigkeit macht stark

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