Un architecte veut installer Central Park sur le piétonnier géant de Yvan mayeur

Dans notre article du 25 octobre, nous écrivions en plaisantant que la seule affectation intelligente de l’immense zone piétonne voulue par Yvan Mayeur au cœur de Bruxelles serait une sorte de Central Park bruxellois basé sur le modèle éponyme de New York ou sur celui de Hyde Park à Londres.

Et bien, un architecte de renom valide cette vison aussi futuriste que farfelue : Luc Schuiten — né en 1944 — a élaboré un grand projet baptisé « ANSPARK – CITE VEGETALE ».

A l’initiative d’un groupe de riverains du Boulevard Anspach, Luc Schuiten a redessiné le centre ville sans pour autant être mandaté par la ville pour participer à l’étude. Le projet prévoit de donner de fortes identités aux trois places qui ponctuent le tracé du Boulevard Anspach et de les relier par des aménagements végétaux variés. La Bourse, hyper centre de Bruxelles, redevient une vraie place dédiée aux rencontres, rendez vous, ou pique-niques autour de bancs et de tables sculptures, incrustés de blocs de verre d’où jaillit la lumière. La place Debrouckère (sic) est bien placée pour devenir le lieu d’information sur les spectacles, les expositions et autres manifestations culturelles. Des alignements colonnes Morris, coiffées de leurs parapluies réflecteurs, étalent la richesse de la programmation disponible dans la capitale de l’Europe tout en assumant le rôle de musée en plein air. La place Fontenas (sic) est reliée au petit parc adjacent pour former un seul espace composé autour de l’eau, ponctué d’une nature en îlots, des jeux sculptures créatifs pour enfants et lieux de détentes pour adultes.

Et quand nous parlons de parc, il s’agit réellement d’un parc et non d’un simple espace vert : Luc Schuiten a même prévu d’y planter un véritable bois de bouleaux1.

Le bois du parc du piétonnier géant
Le bois du parc du piétonnier géant (sic) : d’après l’échelle donnée par la taille des êtres humains — qui passent pour des Lilliputiens —, il s’agirait plutôt de la forêt de Soignes et de ses hêtres centenaires

Sans doute les commerces du centre-ville iront-ils s’installer dans le bois de la Cambre ?

Car, après avoir transformé à coups de millions les boulevards du centre en parcs et en bois, il faudra bien transformer des parcs et des bois périphériques en boulevards…

M. Schuiten est un magnifique artiste, mais il n’a manifestement pas envisagé les innombrables problèmes de sécurité — Bruxelles enregistrerait rapidement le plus haut taux de viols de la planète — et d’entretien qu’un tel projet ne manquerait pas de susciter2.

Cette partie du projet rappelle Hyde Park et sa serpentine
Cette partie du projet évoque irrésistiblement Hyde Park et sa rivière (artificielle), la Serpentine, alors qu’on se situe sur le boulevard Anspach, dont la largeur de façade à façade ne permet pas un tel aménagement sauf à rendre toute livraison impossible
Cette partie rappelle le Diana Memorial Fountain de Hyde Park
Cette partie-ci rappelle la Diana Memorial Fountain du même Hyde Park : elle verrait le jour sur le terrain vague jouxtant le building de la CGSP-ACOD, dont Nick Rodwell n’avait pas voulu en son temps pour ériger le musée Hergé
L'affreux building de la CGSP-ACOD
L’affreux building de la CGSP-ACOD : il défigure l’ensemble du site de la place Fontainas
L'un des (très) rares terrains encore non bâtis du centre-ville
L’un des (très) rares terrains encore non bâtis du centre de Bruxelles : il appartient naturellement à la Ville via sa Régie Foncière… mais jouxte malheureusement le building CGSP-ACOD !

On notera au passage la perspective extrêmement cavalière utilisée dans l’élaboration du projet de forum de la Bourse : un tel espace n’existe tout simplement pas physiquement !

Place de la Bourse : la perspective cavalière permet de donner au projet une ampleur qui est matériellement impossible
Place de la Bourse : le recours à la perspective cavalière — très naïve — permet à M. Schuiten de donner à son projet une ampleur qui est matériellement impossible dans la réalité. Sans doute a-t-il voulu représenter une Night of the Proms devant un édifice aussi imposant que Buckingham Palace
L'utopie d'un monde en paix
L’utopie d’un monde en paix : la réalité est malheureusement bien différente ! On distingue au fond l’enseigne lumineuse Coca-Cola de la place de Brouckère. A nouveau, les êtres humains sont représentés comme des Lilliputiens devant la monumentale colonnade de la Bourse…
L'original à New York : comme on dit, "il n'y a pas photo !"
L’original à New York… comme on dit : « il n’y a pas photo ! »
  1. Près de l’affreux immeuble de la CGSP, sur le terrain où le musée Hergé aurait pu voir le jour.
  2. Sans même parler des problèmes d’urbanisme : certains habitants verraient les branches de ces arbres à haute tige pénétrer carrément dans leur salon ; quant aux livraisons, M. Schuiten semble avoir totalement perdu de vue cet aspect de la vie d’une ville…

Une réflexion sur « Un architecte veut installer Central Park sur le piétonnier géant de Yvan mayeur »

  1. Vendredi 30 octobre – 13H – Le soleil est doux. La rue Dansaert est vide.
    Pas un véhicule. Pas un chat. Pas une âme.

    Comment les vrais petits commerces qui font le charme de la rue depuis 20 ans, s’en sortent-ils encore?

    Plus loin, sur les marches du Temple de la Bière, au-delà des barricades de fleurs et des taxis, il semble y avoir du monde.
    Les gens de midi, qui profitent du rayon de soleil pour manger leur tartine dehors. Les autres habitués du Booze Boulevard. Pas le genre de monde qui va aller faire du shopping dans les petites boutiques.

    Tout un chacun a certes le droit, et même le devoir, de se promener.

    Mais de là à dépenser 20 millions d’euros pour battre la rue en pierre bleue, alors que tous les commerces des alentours auront disparu, et que seules demeureraient les hypothétiques Galeries El-Fayed ??
    À moins que la majorité communale n’ait déjà les contrats, et leurs corollaires, en poche…

    Un schéma de développement commercial, acclamé par cette même majorité communale comme une première et la fin du désordre, c’est effectivement de l’économie dirigée, et contraire à l’évolution organique d’une ville.

    La rue de Laeken, et son prolongement, la rue Vanartevelde, sont devenues l’autoroute du pauvre, du migrant économique belge qui part de son bureau du quartier nord pour rejoindre l’accès au sud par la gare du midi.
    Les quelques rares petits commerces qui s’y étaient installés ne vont pas y faire long feu.

    Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Reconnaître une erreur, c’est un signe de sagesse. Errare humanum est.
    Cet argent, ne serait-il pas mieux utilisé ailleurs? Les petites rues autour de Ste-Catherine, Saint-Géry, celles autour de la Bourse, ne suffisent-elle pas pour le moment comme piétonniers?

    Ecologiste depuis toujours, j’en arrive à regretter la voiture… C’est honteux, majorité communale. Ce n’est pas de cette façon qu’on laisse un nom dans les annales de l’Histoire, à moins que vous n’ambitionniez, à côté de bruxellose, celui de mayeurisation.

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