Yvan Mayeur : urbaniste de génie ou amateur criminel ?

Une analyse objective des données de la problématique du centre-ville de Bruxelles, telle qu’elle se présentait en 2014 pouvait mettre en évidence ce qui suit :

  • les commerces présents ne sont pas toujours d’un très haut niveau
  • la circulation était (avant le piétonnier), assez difficile dans le centre-ville, surtout le soir et le samedi après-midi
  • de nouveaux centres commerciaux vont ouvrir en périphérie, munis de vastes parkings
  • le centre-ville est traversé par des touristes, parfois nombreux, essentiellement chinois et espagnols, ainsi que par des visiteurs occasionnels, venus le plus souvent en voiture des pays limitrophes : France, Pays-Bas, Luxembourg et Allemagne
  • les « attractions » telles que les Plaisirs d’Hiver drainent une foule considérable ; dans un registre moins distingué, on pourrait ajouter la célèbre foire du Midi…

Le raisonnement « logique » consiste sans doute à prendre le contrepoint de ce qui n’attire plus — voire repousse — pour l’amalgamer avec ce qui « marche bien ».

De là est vraisemblablement née l’idée de transformer le centre-ville de Bruxelles en un « Plaisir d’Hiver » permanent… et nettement plus étendu.

A cette fin étaient nécessaires :

  • une grande zone piétonnière d’un seul tenant
  • une redéfinition des commerces présents (orientation vers le tourisme ? ou vers le luxe ?) afin d’offrir une différenciation par rapport aux centres commerciaux « classiques »
  • des « animations » tant permanentes 1 que présentées à intervalles réguliers 2 (« l’événementiel »)
  • de l’espace de parking (d’où l’idée de creuser quatre nouveaux parkings publics…)

Evidemment, lorsqu’il s’agit du comportement des êtres humains, a fortiori envisagés collectivement, les raisonnements « logiques » sont extrêmement dangereux.

En l’occurrence, celui tenu par Yvan Mayeur a conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui, laquelle est caractérisée par :

  • l’envahissement, surtout l’été, du piétonnier par une population marginale (attirée par l’absence de « contrôle social » et par le nouveau mobilier urbain en bois) ; cette population ne se soucie évidemment guère de propreté publique…
  • les clients aisés, âgés et motorisés ne viennent plus volontiers dans le centre-ville et ont modifié leurs habitudes ; les seuls clients motorisés représentent quelque 65% de la clientèle des commerçants du centre-ville, ce qui est énorme
  • la circulation sur le mini-ring est très désagréable, et celui-ci tient du labyrinthe
  • la Ville de Bruxelles installe ou organise des « attractions » de peu de valeur réelle (grande roue de Paris, écran lumineux géant, etc.)

Conséquence des trois premiers points ci-dessus : les commerces, hors HORECA bas et moyen de gamme, périclitent (ces derniers sont soutenus par les promeneurs du piétonnier ainsi que par les touristes).

Où l’erreur commise par Yvan Mayeur réside-t-elle ?

Il ne s’est pas rendu compte que Bruxelles n’était qu’une ville de taille moyenne, sans véritables attractions touristiques hormis la Grand-Place et quelques musées.

Le succès d’un commerce de luxe est proportionnel au nombre de clients aisés habitant ou visitant la ville.

Or, le flux de chalands, qu’ils soient résidents, visiteurs occasionnels ou touristes n’est pas suffisant pour transformer le centre-ville de Bruxelles en une nouvelle Regent Street de Londres ou en une nouvelle 5th Avenue de New York 3.

Pouvait-on raisonnablement penser que ceci deviendrait un second Times Square ?
Pouvait-on raisonnablement penser que ceci deviendrait un second Times Square ? Ne serait-ce qu’en considérant la taille respective des édifices, la différence saute aux yeux…

Par exemple, la plupart des touristes chinois sont en réalité de modestes ouvriers : il est manifeste qu’ils ne vont pas acheter des articles de luxe, et certainement pas à Bruxelles.

Le tort de Yvan Mayeur est donc d’avoir — sans doute sous l’effet de cette « mégalomanie » que beaucoup lui prêtent — voulu donner à « BXL », ainsi qu’il appelle sa chose, des ambitions dont elle n’a pas les moyens.

Pouvait-on raisonnablement penser que "BXL" deviendrait une seconde Barcelone ?
Pouvait-on raisonnablement penser que « BXL » deviendrait une seconde Barcelone ?

La comparaison avec Barcelone est à cet égard édifiante, voir notre article.

Yvan Mayeur ne s’est pas non plus rendu compte que le modèle des Plaisirs d’Hiver a ses limites dans l’espace et dans le temps : il eût mieux valu créer un « parcours touristique » de petit piétonnier en petit piétonnier, en s’inspirant notamment du « chemin » qui a été récemment construit autour de l’Acropole d’Athènes.

Ce « parcours touristique » aurait éventuellement été ponctué de commerces adaptés.

Les parkings, idem : d'abord on veut en creuser quatre nouveaux, et puis on se rend compte que ceux qui existent... ne sont plus accessibles !
D’abord, Yvan Mayeur a voulu creuser quatre nouveaux parkings, puis il s’est rendu compte que ceux qui existaient… n’étaient plus accessibles !

Enfin, la gestion de la problématique du trafic automobile et du parking par Yvan Mayeur a été catastrophique — et même contradictoire —, puisqu’il a voulu tout à la fois repousser les voitures et les attirer via de nouveaux parkings.

On peut ajouter à tous ces défauts ceux de n’écouter aucun contradicteur, de mépriser d’une manière arrogante l’opposition, de mentir ouvertement et de s’entêter — ou plus exactement de s’enferrer — dans un projet de plus en plus controversé, et dont on ne voit pas bien où il conduit en termes d’avantage pour la collectivité, mais dont les conséquences désastreuses sont, quant à elles, bien perceptibles.

Sacrifier des centaines de commerçants en les acculant — en l’espace d’à peine quelques mois — à la faillite nous semble relever d’un cynisme tout à fait inacceptable de la part d’un mandataire public, même non élu démocratiquement.

  1. D’où le terme de « Barcelonisation »
  2. D’où le terme de « Disneylandisation »
  3. Soit dit en passant, aucune de ces artères n’est piétonnière : au contraire, la circulation automobile y est intense !

Une réflexion sur « Yvan Mayeur : urbaniste de génie ou amateur criminel ? »

  1. Tant de belles questions posées par la complexité de Bruxelles et tant de gâchis des suites des réponses à deux sous d’Yvan Mayeur, si persuadé de sa compétence qu’il ne voit pas qu’il ne propose que des caricatures.

    YVAN MAYEUR GRAND NOSTALGIQUE
    Nostalgique de l’urbanisme définissant des zones, en vigueur dans les années ’70, et du maoïsme, où l’offre d’événements et d’activités est créé PAR le politique POUR le peuple (…alors que le politique *éclairé* crée les conditions de l’activité afin que le « peuple » s’approprie cela et développe lui-même la ville…).

    MAYEUR ANACHRONIQUE
    L’idée même de travailler en grande zone unique plutôt que de développer des cheminements et trajets irriguant tout Bruxelles et reliant, par des promenades pleine d’intérêts, les coeurs de différentes communes, est une idée complétement anachronique, et même une utopie (=un truc pensé pour aucun lieu réel précis)…

    Je note que le préjudice est et sera énorme pour chacune des communes de Bruxelles, oubliée dans les débats et dans le plan…

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